Le modèle éthique et économique

Afin d’apporter un éclairage sur ma posture et les choix sociopolitiques qui m’ont conduite à faire ce métier, voici quelques éléments de réflexion:

Quel mode de vie?

J’habite une micro-maison écologique en ossature-bois, sur roues, bâtie par mon compagnon en 6 mois. Elle consiste en une grande pièce de 13m², haut de plafond, avec une mezzanine pour le couchage et une vue exaltante sur la vallée. Cette micro-maison faite avec les matériaux les plus sains possibles, certains récupérés ou achetés d’occas’ nous a coûté 15.000 euros, ce qui correspondait à nos économies et à notre capacité d’endettement auprès de nos proches. Le chauffage est au bois, coupé sur place, l’eau est celle de la pluie qui est filtrée et bientôt l’électricité sera celle du vent et du soleil. Pas de frigo (les légumes du potager se cueillent le jour même) et pas d’assurance (aucun holding n’est assez fou pour légitimer ce mode de vie rétrograde).

Notre micro-maison est installée dans un éco-lieu de 3 hectares qui dispose des richesses dont nous avons besoin pour vivre, en dépendant le moins possible des lobbies: une forêt, une source et surtout des personnalités humaines plurielles et créatives. Chez nous il n’y a ni ticket d’entrée, ni contraintes hors-sol, nous tentons de mettre en place des règles respectant les forces et les limites de chacun. Ces règles se basent sur le désir de faire et sont évolutives. Depuis dix ans, le lieu n’a cessé de changer de forme et, par la succession des personnes investies, de réidentifier sa culture et sa membrane.

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Quel rapport à l’argent?

Dans ce havre de paix, propice à la rêverie, la causerie, la lecture et la création aussi bien intellectuelle que manuelle, on cultive une alternative au tout-monétisable. Une économie interne permet de transformer des heures de bricolage ou de ménage en participation aux charges ou aux achats communs. C’est un mode de vie qui permet de moins dépendre de l’argent et donc de moins être contraint d’aller en chercher. Pour autant, rien n’est diabolisé et nous continuons à utiliser des énergies fossiles (la voiture en tête, bien sûr) en essayant d’optimiser au maximum les usages.

Ce travail rémunéré de formations et de consultance soutient donc un mode de vie qui tente de s’émanciper du monopole strictement financier dans lequel nous sommes submergés. L’idée n’est pas de quitter définitivement un modèle pour un autre mais plutôt de chercher la pluralité. Plus nous développons d’outils différents, plus nous nous donnons de chances de résoudre un problème. Je remets donc l’argent à sa juste valeur comme moyen d’échange parmi tant d’autres, et surtout, comme richesse parmi tant d’autres.

Quels revenus?

Mes formations et mes accompagnements sont estimés à 90€/heure. Ce tarif correspond au temps d’apprentissage, de recherche et de diagnostic investis, au temps d’intervention, au temps administratif, aux frais divers de l’activité (communication, déplacement, charges salariales, patronales, taxes) et aux frais solidaires de participation à la coopérative.

La somme de ce temps de travail et de ces frais suppose qu’entre le montant payé par les participant·es aux formations ou les groupes accompagnés et ce que je gagne concrètement, s’effectue une division par 3. Donc pour être tout à fait honnête, en facturant 6 jours d’intervention par mois, je gagne 3780€, ce qui divisé par 3 correspond au SMIC. Cette somme me permet de rembourser le prêt familiale, payer l’essence et la nourriture qu’on ne produit pas et mettre de côté pour les éventuels coûts durs. 6 jours d’intervention mensuelle, c’est ce que je suis capable de faire tout en continuant de prospecter, préparer les temps d’animation, manger, dormir, donner des heures à l’éco-lieu et passer du bon temps.

Sans doute que le revenu net serait supérieur si je travaillais à mon compte, mais le choix d’être en portage salarial dans une Coopérative d’activité et d’emploi est pour moi stratégique et politique.

  • Tout d’abord parce que la CAE permet d’associer une activité indépendante où je maîtrise mes moyens de production et un statut de salarié, protégé par le droit du travail et la redistribution du système social (ce qui est un luxe à défendre dans un monde de plus en plus dérèglementé).
  • Ensuite parce que l’esprit d’une coopérative est enthousiasmant à plusieurs titres: on est soutenu et accompagné à notre arrivée même si notre projet est farfelu, on est encouragé et informé pour prendre part aux décisions et aux stratégies de l’entreprise et on co-finance l’accueil des nouvelles et nouveaux entrepreuneur·es.
  • Enfin car c’est un modèle économique soutenable qui permet de faire des économies d’échelle, de mutualiser, et qui, tout en ne générant pas d’emplois inutiles, offre le droit à quiconque de créer par soi-même des activités qu’il·elle estime justes.

Ce choix de vie et de modèle économique a pour vocation, je ne vous le cache pas, de m’enrichir énormément. J’ai bien dit « moi », pas mon compte en banque. Non, vraiment, considérant les scandales financiers passés et avenirs, et mon séjour de quatre ans en Argentine dans une période d’inflation vertigineuse, je n’ai pas très envie d’enrichir les banques. C’est une sorte de constatation rationnelle plus qu’un parti pris politique d’ailleurs…

Je ne crois pas dans cette fable de la « permanence », issue d’on ne sait où. Rien ne restera jamais en place, l’immobilité est mortifère. Je préfère donc cultiver le mouvement et la pluralité de solutions alimentaires, énergétiques, matérielles, relationnelles, intellectuelles pour ne pas donner raison aux prédations des monopoles, aux aboyeurs·euses de la pensée unique et aux charlatans (à noter que ce mot n’a pas de féminin) de l’attentisme.

Comme dirait Edgar Morin, « la Résistance commence dans sa tête« . 

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